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Fichues bestioles

Il ne faut pas croire tout ce que l’on voit. La carte postale que votre cousin vient de vous envoyer de Provence est trafiquée. Elle ne vous montre que des oliviers ou des cigales, du thym ou du romarin. Certes, tout cela existe bel et bien mais comme la photo est prise de loin, vous ne les voyez pas. Non, vous ne voyez pas car ils sont tout petits, voire minuscules. Les insectes, myriapodes ou arachnides pour ne citer qu’eux, sont tout petits, si petits que pour les voir sur une photo grand champ, il faudrait une super loupe. Et pourtant ils sont là, en délégations entières. Et ont la particularité d’être partout chez eux, de préférence dirait-on, dans votre jardin ou votre maison. Pas de problèmes pour les enfants qui ,s’ils ne sont pas effrayés vouent en général une véritable passion pour tout ce qui vole, rampe ou pique. Problème en revanche du côté de leurs méchants parents, êtres protecteurs sans états d’âme, qui usent de génie pour les éradiquer et refusent clairement toute cohabitation. Car qui dit cohabitation dit aussi partage de territoire et esprit d’adaptation. Et concrètement, cela signifie qu’il faut parfois
1/ renoncer à un déjeuner sur la terrasse car certains jours il y a plus de guêpes autour des plats que de légumes dans la ratatouille et que le petit dernier s’est tellement investi dans sa nouvelle mission de super chasseur de guêpes qu’il en oublie de manger (jusqu’au jour d’ailleurs où il s’est fait piquer et a commencé à développer une phobie) ;
2/ Laisser des toiles d’araignées dans les maisons pour faire fuir les moustiques. Cela ne fait pas très « maison soignée » mais comme c’est le truc le plus efficace, on préfère ça qu’à se faire bouffer la peau toute la nuit ou d’en retrouver au fond de la baignoire (il y en a parfois d‘énormes) ;
3/ Résister à la tentation d’écraser ou d’aspirer ce genre de petit mille-pattes qu’est le iule et qui pullule par centaines ( le risque est alors de se retrouver avec les doigts de couleur orange et une odeur acide particulièrement désagréable) ;
4/ Laisser croire aux enfants que ces mêmes iules sont dangereux (certains le sont mais ils sont rares) pour ne pas leur donner l’envie d’en faire un élevage. On a déjà celui des coccinelles et des escargots avec lesquels on doit désormais partager notre salade, et on pleure encore la disparition de Jojo le crapaud qui a profité de la nuit pour se faire la malle et que contrairement à Lulu la libellule, on n’a jamais retrouvé ;
5/Laisser les enfants couper la queue des lézards ;
6/ Interdire strictement à tous de manger ailleurs que sur la table de salle à manger ou de la cuisine et de n’accepter aucune exception au règlement intérieur de la maison au risque d’avoir dès le lendemain des centaines de fournis qui agissent de même. Les mouches vous attaquent déjà le visage quand vous êtes sagement en train de surfer sur votre ordi, vous n’allez pas en plus laisser ces fichues bestioles bouffer les mollets de vos minots. 

Heureusement pour votre réputation, la seule chose que votre cousin a retenu et vous a raconté, c’est que la veille de son départ, un sanglier a totalement ravagé le jardin. Fichues bestioles ! , écrivait-il. Oup’s, vous avez failli oublié de dire qu’il y en avait aussi de grosses, mais ça c‘est une autre histoire…

 

Les Aixois en France

N’en déplaise aux habitants d’Aix-en-Provence, ces derniers ne sont pas les seuls Aixois de France. Eh oui, selon le Wiktionnaire, sont aussi Aixois les habitants d’Aix, communes de la Corrèze et du Nord ; d’Aix-Noulette, commune du Pas-de-Calais ; d’Aix-en-Diois, commune de la Drôme ; d’Aix-en-Ergny, commune du Pas-de-Calais ; d’Aix-en-Issart , commune du Pas-de-Calais ; d’Aix-en-Othe, commune de l’Aube; d’Aix-les-Bains, commune de la Savoie ; d’Aixe-sur-Vienne, commune de la Haute-Vienne ; d’Ile-d’Aix, commune de la Charente-Maritime ; et enfin, d’Aix-la-Chapelle, ville allemande. Bon à savoir, et soulagement : les Aixois d’Aix-en-Provence ont aussi un autre nom, les Aquisextains.

Petit coup de spleen

Il y a des jours “avec”, et des jours “sans”. Les jours “avec” sont merveilleux. Vous vous réjouissez d’être ici et profitez pleinement de ce que la région peut vous offrir. Les quelques rencontres que vous faites suffisent à votre besoin de relations sociales. Vous aimez tellement votre nouveau cadre de vie que vous vous demandez pourquoi vous n’êtes pas venue vous installer ici plus tôt. Vous comprenez les critiques qu’émettent les néo-provençaux sur la région mais étrangement, cela ne semble pas trop vous atteindre ou vous affecter. Le manque d’espace et de lumière dont vous souffriez à Paris suffit à vous convaincre que vous avez fait le bon choix, et pour vous et surtout pour votre famille. Certes, tout n’est pas parfait mais une ville peut-elle répondre à toutes les exigences ?
Les jours “sans” sont différents. Le soleil et la lumière sont là, toujours présents au rendez-vous mais votre coeur, lui, est triste. Vous vous demandez ce que vous faites là. Vous vous sentez piégée. Piégée de ne pas pouvoir aller faire un saut de puce chez vos parents malades. Piégée de n’avoir personne à qui confier sereinement vos enfants. Piégée enfin de n’avoir que le téléphone et le mail pour correspondre aux gens qui vous sont chers, et qui tiennent à vous. Un aller-retour est une expédition, un budget et demande toute une organisation qui vous épuise rien qu’en y pensant. Vous n’êtes pas à votre place et vous vous rendez compte que vous vivez surtout entourée de gens qui ne le sont pas non plus. Les relations sociales que vous avez tissé vous semblent alors superficielles. Les mentalités vous exaspèrent, et vous ne pouvez même plus vous réfugier dans votre rêve de partir un jour puisque vous l’avez fait. Vous vous sentez seule et vous avez envie de pleurer.

On ne va pas se plaindre

Quand une conversation prend des allures de conversation bourgeoise, il est fréquent qu’elle se close par la sempiternelle formule : « mais bon, on ne va pas se plaindre quand même! ». Comprendre, on ne va se plaindre que la température de l’eau de la mer ou de la piscine est trop froide pour s’y baigner mi-septembre alors que l’automne est déjà là à Paris et que l‘on continue à dîner dehors ; on ne va pas se plaindre de ne pas trouver un jardinier capable d’entretenir le jardin et de tailler correctement les mûriers platanes alors que des milliers de gens attendent une place en HLM ; on ne va pas se plaindre d’être épuisé à la fin de l’été car les amis ont tous défilés alors qu’on a la chance d’avoir une belle villa, un bel appartement ou même ne serait-ce qu’un toit ; de même, on ne va pas se plaindre que son quadra ou quinqua de conjoint travaille trop alors qu’à cet âge nombre de salariés sont déjà sur la touche voire hors circuit quand ils ne sont pas chômeurs. Eh oui, et n’en déplaisent à certains, les privilégiés ont parfois conscience de leur qualité de vie. Ils ont beau avoir ce que beaucoup n’ont pas – ou n’ont plus-, ils restent aussi des êtres informés, plus ou moins perméables au monde qui l’entoure. Certains culpabilisent. D’autres non. Cela dépend bien évidemment de l’histoire de chacun et de ce qu’il semble être politiquement correct de dire et même de penser. La frontière des plaintes se déplace ainsi en fonction de l’interlocuteur. Avec son voisin ou une personne de sa condition, on pourra se lâcher, parler par exemple de cette averse déprimante qui sévit depuis -montre en mains- au moins deux heures alors qu’on est seulement fin octobre. Bref, dire ce tout ce que l’on a sur le cœur, même si ça peut paraître indécent, l’autre comprendra et ne jugera pas. On aura le même sentiment d’appartenance. Celui d’appartenir au clan des privilégiés bien sûr. Et ce sera bon. Bon comme une jeune-mère qui viendrait d’accoucher d’un magnifique bébé dans un service de la maternité où il n’y aurait que des enfants atteints d’une grave maladie ou d’une monstrueuse difformité, et qui se retrouverait avec comme camarade de chambre une jeune-mère ayant elle aussi la chance d’avoir un enfant en parfaite santé. Elles pourraient communiquer leurs joies et leurs petits tracas. Une joie immense et des petits tracas sans réelle importance mais des petits tracas quand même qui viennent non sans culpabilité affecter la joie. Elles savent qu’elles auraient pu être de l’autre côté du couloir, qu’à un moment même elles l’ont craint et que le fait que tout se soit bien passé pour elles, semble relever du miracle. Faisons ici un pari : une fois les faits exposés et les questions élucidées, laquelle des deux chuchotera la première « mais bon, on ne va pas se plaindre quand même » ?

Adieu beau vélo

Vous avez beau faire des efforts, vous reconnaissez que vous avez du mal à vous y habituer. Jadis utilisée que pendant les week-ends, la voiture est devenue votre moyen de transport de prédilection, voire votre seul moyen de transport. Non pas que vous n’aimez pas conduire – au contraire – et vous admettez qu’il est tout de même bien pratique d’aller directement d’un point A à un point B sans vous trimballer sur le dos tout ce dont vous pourriez avoir besoin dans la journée, ou avoir envie de ramener chez vous. Non, bien sûr. Mais vous regrettez de n’avoir l’alternative vélo ou pedidus jambus qui vous permettrait ici de :
1. Aller sur le marché le jeudi ou le samedi matin sans vous soucier de trouver à vous garer
2. Dépenser ou économiser les quatre, cinq ou six euros que vous mettez dans le parc-mètres ou au parking à chaque fois que vous allez dans le centre-ville
3. Ne pas vous retrouver au troisième ou quatrième sous-sol d’un parking où la couleur des murs des rampes de sortie vous incitent à une prudence extrême et vous rendent un poil nerveux
4. De faire le malin en cas d’embouteillages ou de déviations pour cause de travaux
5. Vous ficher de la hausse du prix des carburants
6. Garder vos douze points et laisser les autres se faire flasher
7. De continuer à chantonner gaiement “à Paris, à vélo, on dépasse les autos”…Drôle comment ce petit air pouvait vous mettre de bonne humeur !

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